Récemment publié dans le journal du bacc. bidisciplinaire Communication et politique, l’Article 19, édition novembre 2010
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Estelí, Nicaragua
mardi, 26 octobre 2010
La preuve est faite. Le bacc compol offre un évantail d’emplois pertinents. Parole de (nouvelle) hasbeen.
Lorsque j’ai mis pour la toute première fois le pied dans la vie compolienne, jamais je n’aurais songé que je réaliserais autant de défis en trois ans. Chers compoliens, visez haut. Vous désirez travailler avec David Suzuki, ne vous arrêtez pas! Vous rêvez d’échanger une tasse de thé avec Tony Blair, foncez! Vous avez l’idée de faire un documentaire sur les communautés indigènes des Chiapas, Andale muchachos! Suivez votre instinct, c’est mon meilleur conseil. Pour ma part, je me suis trouvée un tout premier emploi en coopération internationale!
Si ce domaine intéresse quelques-uns d’entre vous, je tiens à souligner avant tout ceci: travailler en total harmonie avec ses valeurs est probablement ce qu’il y a de mieux pour s’amouracher du boulot. Et c’est ce que je vis présentement, comme conseillère en communication pour Oxfam-Québec, au Nicaragua.
Il existe des « stages » financés par le gouvernement du Canada et qui sont spécialement offerts aux diplômés tout frais sortis de l’université. Comment faire pour y appliquer? Fouillez sur le net ou encore mieux, prenez soin de lire les millions de courriels que vous envoie Aureano Guillermo. Vous recevrez bien un jour une offre alléchante!
Ainsi, travailler en coopération internationale, sur le « vrai » terrain, requiert quelques changements drastiques du train-train quotidien. D’abord, se préparer à vivre pendant un minimum de cinq mois à l’étranger dans une culture totalement différente à la nôtre, à communiquer dans une langue étrangère et à faire avec toutes les autres réalités socio-politiques du passé qui façonneront les comportements de vos prochains collègues, voisins ou encore amis. Question de ne pas trop être secoué par un choc culturel1, je vous dirais plutôt de vous attendre à rien du tout, mais de vous munir d’une grande ouverture d’esprit. Avant de m’envoler, je vous confie que l’envie de m’aventurer dans le (quasi) inconnu me rendait plutôt fébrile! En fait, c’est cette même fébrilité qui porte la fameuse bonne énergie « pré-départ ».
Un de mes premiers critères de sélection avant de postuler pour cet emploi était d’atteindre le but de maîtriser une troisième langue, car je sais que lorsque je ferai d’autres rencontres durant mes futurs voyages, cela me permettra d’amener des conversations à un degré supérieur en terme de complicité. Cependant, dans les pays sous-développés hispanophones, communiquer en espagnol ressort du plus que nécessaire. Dans mon coin de pays actuel, à Estelí (un ancienne ville bastion où les soldats sandinistos avaient fixé leur base de ravitaillement lors de la guerre des contras dans les années 80, après avoir renversé le régime dictatoriel de Somoza), une très faible minorité des gens parlent l’anglais. Outre les « Bye my love! », « How are you? » et les « Hello! Goodbye! » que la « chavelita » (petite blanche) en moi entend à tous les coins de rues, vous pouvez rapidement oublier l’idée de vous sortir d’un imbroglio en parlant la langue de Shakespeare. Ici, il n’y pas d’autre issue que celle de l’espagnol. Et encore faut-il s’habituer à l’accent!
Secundo, l’adaptation linguistique va de paire avec l’intégration en général. Les habitants du pays où vous travaillerez seront reconnaissants du moindre effort que vous démontrerez pour mieux connaître leurs eusses et coutumes. C’est donc primordial de communiquer sa curiosité à mieux les assimiler pour atteindre un niveau d’égal à égal avec le peuple. Sans cet échange, une forte division s’installera entre l’habitant et le travailleur occidental à risque de provoquer un inconfort que vous ne préférez ne pas rencontrer.
D’un point de vue boulot, il faut s’armer d’énergie. Dans mon cas, nous avons appris que le bureau d’Oxfam-Québec allait quitter le pays pour cause de manque de fonds – l’ACDI a rayé le Nicaragua de sa liste de priorités, malgré qu’on y rencontre la deuxième plus pauvre population de l’Amérique, après celle d’Haïti – cela dit, nos jours sont comptés et notre aide a une fin plutôt rapprochée. C’est donc l’heure de la course à l’efficacité et le dévouement au travail. Conséquence possible: journées de 10 heures et semaines de six jours de travail! Le gros problème, c’est d’y prendre goût! En fait, c’est normalement ce qui arrive lorsqu’on travaille avec et pour des gens qui ont le coeur au boulot en plus d’accueillir votre aide avec un enthousiasme débordant.
D’autre part, c’est en se liant d’amitié avec quelques nicaraguayens qu’on se rend vite compte de l’importante pauvreté du pays. Lorsque je traverse l’autoroute pan-américaine pour les visiter, je rencontre rapidement un monde différent, soit celui d’un paysage où le strict minimum fait office pour chaque habitation; plancher de terre, murs de bois et lattes de métal pour se couvrir. La beauté dans tout ça, est leur grande fierté du peu qu’ils possèdent.

Accompagnée de mes amies Margarita et Elizabeth, par un samedi matin du Mercadito Verde
Nombre de mes amis proviennent de la campagne d’où ils ont réussi à s’en sortir pour s’établir en ville, là où les écoles et les emplois présentent des avenues libérales. Autrement, 70% de la population totale demeure par choix ou par obligation dans un environnement agricole où les valeurs traditionnelles conservatrices priment sur la vie des nicaraguayens. En prenant conscience de cette dynamique, on risque de déclencher en soi le fâcheux réflexe de se comparer à eux et d’en vouloir à la vie pourquoi ces mêmes amis l’ont si difficile, depuis toujours. À ce moment là, notre boulot devient un bon médium pour évacuer ce type de frustrations et pour concentrer notre énergie à développer des initiatives qui aideront directement les bénéficiaires du projet.
Avec un esprit visionnaire, du dynamisme et de la débrouillardise on détient le pouvoir de réaliser beaucoup dans les pays sous-développés alors que ceux-ci demeurent toujours dépendants de l’aide internationale. Si ce n’est que pour les outils de travail que nous leur enseignons, c’est aussi pour la poussée d’encouragements que notre présence d’aide est justifiée. De ce fait, il faut garder en tête que chaque geste que l’on pose, chaque enseignement ait un impact positif et ce, en se référant le plus souvent possible aux huit objectifs de développement du millénaire.
Enfin, au-delà du fascinant travail de coopérante à l’international, j’ai la chance incroyable de partager avec mes amis « nicas » leurs plats dans les « comedors » du marché (les diners), de visiter leur « comunidad » (village en campagne), de partager un humour totalement complémentaire, de rouler en moto avec le vent dans le nez, d’écouter des témoignages chocs d’anciens et d’anciennes soldat(e)s du Front de libération sandiniste… Enfin, de vivre et de travailler à 23 ans, en Amérique centrale, au pays des lacs et des volcans: le Nicaragua.
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